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Marcel Rufo
"Oedipe toi-même !"

 

Je n’avais encore rien lu de Marcel Rufo, préférant éviter les psy médiatisés et à forts tirages qui croient avoir découvert les secrets de l’eau tiède lorsqu’ils conceptualisent une évidence. Dans son ouvrage Œdipe toi-même ! Paru aux éditions  Anne Carrière, le pédopsychiatre nous raconte ses souvenirs de praticien. Il parle de ses réussites et de ses échecs en arrivant à rester réellement modeste. Car rien n’est pire que la modestie qui s’autoproclame  au mégaphone.

L’auteur donne  son opinion sur divers aspects techniques de sa profession dans un langage très simple, facile à suivre et plein de bon sens, même si ce dernier n’est plus à la mode chez les « psy ». Marcel Rufo n’a pas peur, en suivant l’évidence –qui n’est pas toujours présente chez tous- de marcher à l’encontre des standards préétablis :

« On peut ici se demander pourquoi s’entêter à renouer à tout prix des liens lorsqu’ils sont rompus de manière évidente. Garde-t-on un bout endommagé pour assurer la sécurité d’une embarcation ? Il y a à réfléchir sur la prise de parti des travailleurs sociaux, qui n’ont peut-être pas toujours réglé leurs propres conflits familiaux et les projettent sur les cas qu’ils ont à accompagner. » p. 58

Pourtant, ailleurs, le professeur nous dit qu’il vaut mieux des mauvais parents que pas de parents du tout. Evidemment, rien n’est simple... Cet ouvrage mérite un grand, un immense coup de chapeau pour oser aller, sans en avoir trop l’air, à l’encontre de toutes les idées reçues et qui se pratiquent couramment chez la majorité des psy : la culpabilité des parents ! En termes simples et précis, l’auteur, invite le lecteur à de nouvelles réflexions :

« Si je n’étais pas convaincu de cela, je n’aurais pas regardé Jérémy, mais ses parents, en leur demandant :
-Et alors, vous, quel est votre désir ? Comment étiez-vous pendant la grossesse ? Y-a-t-il des difficultés dans votre couple ?
A partir de là, comment auraient-ils pu ne pas se sentir responsables de la maladie de leur enfant, puisque j’aurais  induit, par mes questions, que c’est bien à cause de leur comportement  que leur enfant est ce qu’il est ?
 » p.136

CQFD ! Mais l’escroquerie de l’implication-culpabilisation des parents continue de plus belle et pour deux raisons : ça rapporte du fric et ça comble le vide du psy en lui donnant un point d’appui pour soulever le monde, il a son outil ! Et tant pis s’il risque de faire fausse route au détriment de tous...

De très belles choses sont également écrites sur l’anorexie dans cet ouvrage.  Il y  figure aussi quelques belles pensées qui méritent réflexion sur l’homophobie parentale :

« A y réfléchir, je me demande si la crainte, l’angoisse même des parents biologiques d’avoir un fils homosexuel n’est pas liée à l’absence de descendance, de transmission » p.164

Y’a’dça !

Et tant qu’il y est, avec raison et retenue, le pédopsychiatre remet en cause le mythe de la vérité à dire aux enfants, mythe érigé en dogme psychanalytique de certaines écoles :

« Sans doute les psy devraient-ils faire attention : plutôt que de répéter aux parents qu’il faut toujours dire toute la vérité aux enfants sur leur origines, il vaudrait mieux leur demander s’ils sont prêt à le faire et s’ils sont conscients de ce que la révélation de cette vérité peut entraîner comme conséquences sur le développement de l’enfant. » p.205

C’est vraiment avec beaucoup de retenue et de tact que s’exprime Rufo en prenant comme point d’appui le tout-dire sur l’origine.
Comme nous ne sommes pas tenus à la même retenue, on dira sans se gêner, que des psy crétins  et inconscients,  posant leurs pas dans les théories à la mode ont certainement plombé des centaines d’enfants. On a pu lire en effet sous la plume d’imbéciles patentés et célèbres qu’il faut tout dire aux enfants,  même qu’on ne les aime pas !
On terminera cette critique de l’ouvrage de Marcel Rufo par un beau lapsus calami concernant la théorie freudienne :

« Dans le développement de l’enfant, Freud a décrit trois stades : oral, anal et œdipien. » p.199

Ne serait ce pas plutôt oral anal et phallique ? En rajoutant le quatrième stade, à l’adolescence, le stade génital qui se situe après la période de latence. « Et pan sur le bec ! » Comme semble le dire en couverture le professeur Marcel Rufo, au souffle et à la parole méridionale.
Un livre aux accents de fraicheur et de garrigues. Un livre simple et intelligent de psy qui a conservé sa jugeote, à mettre entre toutes les mains en remplacement des livres imbéciles qui ont bousillé des familles entières.

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